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NANOOK

Les matériaux

La maroquinerie
sans cuir animal
c'est dorénavant possible

     Pour mettre en valeur mes créations et par choix personnel, j'ai décidé de ne pas utiliser de cuir animal mais d'adopter des matériaux innovants, issus du recyclage de déchets. Pas de greewashing ici, mais de l'honnêteté : ces textiles du XXIème siècle ne sont malheureusement pas parfaits dans leur composition puisqu'ils ne sont pas entièrement recyclable. Mon but ultime est d'utiliser des matériaux 100% issus de la revalorisation des déchets, sans aucune trace de pétrochimie. D'années en années les créateurs de ces textiles tentent d'améliorer leurs produits, je suis avec attention leurs progrès.

LE PINATEX

Une histoire avant d’être un matériau

     Le Piñatex est né de l’idée de la Docteur Carmen Hijosa, ancienne consultante dans l’industrie du cuir. Au cours de sa carrière, elle s’est rendue aux Philippines où elle a découvert les conséquences environnementales du tannage traditionnel : utilisation de produits chimiques, pollution des eaux et conditions de travail parfois difficiles. Convaincue qu’il était possible de concevoir une alternative plus respectueuse, elle a consacré plusieurs années de recherche au développement d’un nouveau matériau.

D’où vient la matière ?

     Le Piñatex est fabriqué à partir des longues fibres contenues dans les feuilles d’ananas. Après la récolte des fruits, ces feuilles sont généralement laissées dans les champs ou utilisées comme biomasse. Le Piñatex leur offre une seconde vie en les transformant en un textile innovant.

     L’intérêt est qu’aucune culture supplémentaire n’est nécessaire : seules les feuilles, qui sont un coproduit de la culture de l’ananas, sont utilisées.

Comment est-il fabriqué ?

     Les fibres sont extraites des feuilles, puis lavées et séchées avant d’être transformées en un voile non tissé, comparable à un feutre. Afin d’obtenir un matériau suffisamment résistant pour la maroquinerie, ce support reçoit ensuite une finition protectrice qui lui apporte souplesse, solidité et résistance à l’humidité.

     Le Piñatex n’est pas encore composé exclusivement de matières végétales. Il ne s’agit donc pas d’un matériau 100 % biodégradable. En revanche, son approche de valorisation des ressources agricoles a marqué un tournant dans le développement d’alternatives au cuir animal et continue d’inspirer de nombreuses innovations.

L'APPLESKIN

D’où vient la matière ?

     L’AppleSkin est fabriqué à partir de déchets de l’industrie alimentaire italienne. Plus précisément, il est issu des peaux, pépins et fibres restantes après la fabrication de jus, de compotes ou de purées de pommes. Ces coproduits, qui étaient autrefois jetés, sont aujourd’hui valorisés pour créer un nouveau matériau.

Comment est-il fabriqué ?

     Les résidus de pommes sont séchés puis réduits en une fine poudre. Celle-ci est ensuite mélangée à un liant en polyuréthane (PU), indispensable aujourd’hui pour donner au matériau sa résistance, sa souplesse et son imperméabilité. Le mélange est appliqué sur un support textile, puis embossé afin de lui donner l’apparence du cuir.

Quelle est la part de pomme ?

     Selon les versions du matériau, la matière issue de la pomme représente entre 25 et 50% du produit final. L’AppleSkin n’est donc pas un matériau 100 % végétal. La présence de polyuréthane est nécessaire pour obtenir les performances attendues en maroquinerie. Le fabricant travaille cependant à augmenter progressivement la part de matières biosourcées afin de réduire encore davantage son impact environnemental.

LE GRAPESKIN

D’où vient la matière ?

     Le GrapeSkin est développé en Italie, un pays où la viticulture occupe une place essentielle depuis des siècles. Ce matériau est fabriqué à partir des résidus issus de la vinification. 

     Chaque année, les vignobles européens génèrent des millions de tonnes de ce coproduit agricole. Une partie est utilisée pour produire du compost, de l’énergie ou des alcools, mais une autre peut désormais être valorisée pour créer un textile innovant.

Comment est-il fabriqué ?

     Après le pressage des raisins pour produire le vin, il reste un mélange de peaux, de pépins et de rafles appelé marc de raisin. Il est séché puis transformé en une fine poudre. Celle-ci est ensuite incorporée à une formulation permettant d’obtenir un matériau souple, résistant et adapté à la maroquinerie. Le mélange est appliqué sur un support textile puis travaillé afin d’obtenir différents grains et finitions rappelant l’aspect du cuir.

Quelle est la part de raisin ?

     Le GrapeSkin valorise une matière première qui, sans cela, aurait une faible valeur ajoutée. Comme la plupart des textiles innovants actuels, il n’est toutefois pas composé exclusivement de raisin. Des composants techniques sont aujourd’hui nécessaires pour garantir sa résistance, sa souplesse et sa durabilité. Le fabricant poursuit ses recherches afin d’augmenter progressivement la part de matières biosourcées.

LE DESSERTO

Une idée née au cœur du Mexique

     Le Desserto a été développé par Adrián López Velarde et Marté Cázarez, deux entrepreneurs mexicains convaincus qu’il était possible de créer une alternative au cuir animal en s’appuyant sur les ressources de leur pays.

     Leur choix s’est naturellement porté sur le catus Nopal, une plante emblématique du Mexique. Robuste, peu gourmande en eau et capable de pousser dans des zones arides, elle représentait selon eux une matière première idéale pour imaginer un textile plus responsable.

     Après plusieurs années de recherche, ils ont présenté le Desserto en 2019. Depuis, ce matériau est utilisé dans la mode, la maroquinerie, l’ameublement et même l’industrie automobile.

D’où vient la matière ?

     Le Desserto est fabriqué à partir des feuilles matures du cactus Nopal. Celles-ci sont récoltées sans arracher la plante, qui continue de grandir et peut être récoltée à nouveau quelques mois plus tard.

     Les feuilles sont ensuite nettoyées, broyées puis séchées naturellement au soleil avant d’être transformées en une poudre qui servira à la fabrication du matériau.

Comment est-il fabriqué ?

     La matière issue du cactus est mélangée à une formulation permettant d’obtenir un textile souple, résistant et adapté à la maroquinerie. Le mélange est ensuite appliqué sur un support textile, puis travaillé afin d’obtenir différentes textures et finitions rappelant l’aspect du cuir.

     Le Desserto n’est pas biodégradable. En revanche, il constitue une belle démonstration du potentiel des ressources végétales lorsqu’elles sont associées à l’innovation et les recherches se poursuivent pour augmenter la part de matières biosourcées dans les générations futures de ce matériau.

LE LIEGE

Une matière offerte par la nature

     Le liège est l’écorce du Chêne-liège, un arbre emblématique du bassin méditerranéen, principalement cultivé au Portugal, en Espagne et dans le sud de la France.

     Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le chêne-liège n’est pas abattu pour produire du liège. Son écorce est simplement prélevée à la main tous les neuf à douze ans, dans une opération appelée démasclage. L’arbre continue ensuite à vivre et régénère naturellement une nouvelle écorce, qui pourra être récoltée à nouveau plusieurs fois au cours de sa vie. Un chêne-liège peut ainsi produire du liège pendant plus de 150 ans.

Comment est-il fabriqué ?

     Après la récolte, les plaques de liège sont laissées à sécher plusieurs mois à l’air libre. Elles sont ensuite bouillies afin de les assouplir et de les nettoyer naturellement. Pour la maroquinerie, une fine couche de liège est appliquée sur un support textile afin d’obtenir un matériau souple, léger et suffisamment résistant pour être cousu. Selon les fabricants, ce support peut être en coton, en polyester ou dans d’autres fibres textiles.

Une matière aux multiples qualités

     Le liège est utilisé depuis l’Antiquité pour ses propriétés exceptionnelles. Léger, souple, résistant et agréable à manipuler, il traverse les siècles sans perdre de son intérêt. Bien avant de devenir un matériau de maroquinerie, il était déjà employé pour fabriquer des bouchons, des flotteurs de pêche, des revêtements de sol ou encore des objets décoratifs. Aujourd’hui, il continue d’inspirer les créateurs en offrant une alternative naturelle, élégante et pleine de caractère.

Les matériaux de demain

     Si vous avez parcouru les différentes matières que j’utilise, vous l’aurez compris : aucune n'est encore parfaite. L’AppleSkin, le Piñatex, le GrapeSkin ou encore le Desserto représentent de belles avancées par rapport aux matériaux traditionnels, mais ils contiennent encore des composants techniques qui les empêchent d’être entièrement biodégradables.

     Alors pourquoi les avoir choisis ? Parce que je suis convaincue que le progrès se construit étape par étape. Valoriser des déchets agricoles, éviter le cuir animal, donner une seconde vie à des ressources existantes… tout cela va déjà dans la bonne direction. Mais je sais aussi qu’il est possible d’aller encore plus loin. C’est d’ailleurs l’objectif que je me suis fixé.

     Je suis avec beaucoup d’intérêt les recherches menées partout dans le monde sur une nouvelle génération de matériaux : des textiles fabriqués à partir de mycélium, d’herbe, de fibres de bananier, d’algues, de cellulose ou d’autres ressources végétales, capables d’offrir les qualités du cuir tout en étant entièrement biosourcés et biodégradables. Les premiers résultats sont extrêmement prometteurs.

     Malheureusement, ces matériaux sont encore produits en très petites quantités. Les entreprises qui les développent travaillent principalement avec de grandes marques de mode, de luxe, d’automobile ou d’ameublement. En tant que petite créatrice indépendante, il m’est aujourd’hui pratiquement impossible de me les procurer, ou alors à des conditions qui ne sont tout simplement pas compatibles avec une fabrication artisanale. J’espère sincèrement que cela évoluera dans les prochaines années.

     Le jour où ces matériaux deviendront accessibles aux petits créateurs, je serai parmi les premières à les tester. Mon ambition est simple : remplacer progressivement les matières que j’utilise aujourd’hui par des alternatives toujours plus naturelles, jusqu’à pouvoir créer des accessoires fabriqués à partir de matériaux entièrement biodégradables.

     En attendant, j’ai fait le choix d’utiliser les solutions les plus responsables qui existent aujourd’hui, tout en restant totalement transparente sur leurs qualités… comme sur leurs limites. Je ne cherche pas à vous faire croire que ces matériaux sont parfaits. Ils ne le sont pas. En revanche, je crois profondément qu’ils représentent une étape importante vers une mode plus respectueuse du vivant.

     Je continuerai à avancer dans cette direction, une matière après l’autre, au rythme des innovations qui deviendront accessibles aux petites marques comme la mienne. Parce qu’à mes yeux, un futur plus durable se construit avec de l’innovation, mais aussi avec de l’honnêteté.

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